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  Michel Raimbaud
 6/24/2019
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USA-Trump : « Infox, intox et poker menteur ». Rien de nouveau
 
 

C’est à l’ineffable George W. Bush, qui a dirigé durant huit ans une « puissance indispensable », que l’on attribue à tort la paternité de concepts qui allaient connaître la célébrité : le « Grand Moyen-Orient », zone « de bombardement démocratique » s’enflant au gré des pulsions étasuniennes, « la guerre au terrorisme » (War on Terror), consistant à « épouvanter » les Etats voyous en terrorisant leurs populations…


 

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C’est à l’ineffable George W. Bush, qui a dirigé durant huit ans une « puissance indispensable », que l’on attribue à tort la paternité de concepts qui allaient connaître la célébrité : le « Grand Moyen-Orient », zone « de bombardement démocratique » s’enflant au gré des pulsions étasuniennes, « la guerre au terrorisme » (War on Terror), consistant à « épouvanter » les Etats voyous en terrorisant leurs populations, mais également – il suffit d’oser – « l’Axe du Bien » rassemblant les féaux et adorateurs des Etats-Unis et « l’Axe du Mal », perchoir de ses sinistres ennemis.

Bush n’est évidemment pas le créateur de cet arsenal « idéologique », n’en ayant eu que l’usufruit. C’est entre le rédacteur de ses discours (un certain David Frum), le « Vice » Dick Cheney (dont Bush était en quelque sorte le prête-nom) et les célébrités de l’Establishment néoconservateur (à la mode Bolton et Cie) qu’il faut chercher les théoriciens du degré zéro de la diplomatie.

Cette brocante intellectuelle aura fait les innombrables dégâts que l’on sait, dans l’espace arabo-musulman, mais également sur tous les continents, démolissant de surcroît toute notion de droit international et sapant les bases de la légalité onusienne établies par consensus à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

A contempler le spectacle navrant qui marque le début du troisième millénaire, on deviendrait sans trop se forcer nostalgique de la guerre froide, c’est-à-dire du temps où, au-delà de la propagande, de part et d’autre du rideau de fer, parler voulait dire quelque chose. Quand, après de longs marchandages, on s’accordait sur les mots, on était à peu près d’accord sur le contenu des engagements et des arrangements souhaitables. L’équilibre de la terreur a permis d’éviter beaucoup de conflits…

Le souvenir des tueries, destructions, génocides était alors trop brûlant pour que l’on puisse envisager de gaieté de cœur d’aller en guerre en chantant mironton mirontaine. Le ridicule tuait encore un peu et le mensonge n’était pas une technique diplomatique à usage courant. Trente ans après la chute du mur de Berlin, ces précautions et ces scrupules ne sont plus de mise pour le camp qui se réclame toujours du « monde libre », celui qui tente sans fin de resserrer son emprise, convaincu d’être « la civilisation » face aux voyous et aux barbares. Une séance au Conseil de Sécurité, tel ou tel discours présidentiel illustreront parfaitement le propos de votre serviteur.

Durant la guerre froide, l’atmosphère était souvent glaciale, mais des deux côtés, on savait jusqu’où ne pas aller trop loin. Il faudra du temps pour que l’on réalise combien l’existence d’un « Empire du Mal » était finalement un bien pour une bonne partie de la communauté onusienne. La guerre froide oubliée, l’ambiance ne sera pas chaleureuse, mais surchauffée, l’hyperpuissance d’outre-Atlantique la rendant potentiellement explosive à force d’arrogance.

Dans la majorité des pays de la communauté onusienne, on réalisera assez vite que les Etats-Unis d’Amérique triomphante n’a pas besoin d’amis, mais exige seulement des vassaux. Au sein de la « communauté internationale » à trois ou quatre et dans toute sa mouvance, on se pliera aux caprices et aux mille volontés des nouveaux maîtres de l’univers.

Le bric-à-brac logiciel évoqué précédemment sera en effet vulgarisé au sein de la planète pensante occidentalo-compatible par le biais des instituts, fondations et autres « chars de la pensée » (les fameux think tanks). Pour les intellectuels les plus obtus ou les plus naïfs, la leçon sera prodiguée sans fioritures. « Croyez-vous que des solutions efficaces puissent émerger d’une analyse judicieuse de la réalité observable ? », avait demandé un journaliste (dont je tairai le nom) à un conseiller de G. W Bush, Karl Rove ; lequel avait répondu avec morgue :

« En vérité, le monde ne marche plus réellement de cette manière. Nous les USA, nous sommes maintenant un Empire, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Pendant que vous étudiez studieusement cette réalité, nous ne perdons pas de temps. Nous agissons et nous créons d’autres réalités nouvelles qu’il vous est loisible d’analyser. C’est ainsi que les choses se passent, pas autrement. Nous sommes les acteurs et les producteurs de l’Histoire. A vous, à vous tous, il ne reste qu’à étudier ce que nous créons. »

Respecté à la lettre par une bonne partie de la classe médiatique et intellectuelle, ce partage des taches contribue au succès de la guerre de désinformation qui accompagne les entreprises menées par l’Empire néoconservateur israélo-anglo-saxon et ses alliés. La multiplication des évènements sur un rythme rapide va de pair avec la médiatisation de l’actualité immédiate et s’accommode de la versatilité de cette médiatisation, le principe étant que l’actualité d’aujourd’hui chasse celle d’hier ou d’avant-hier, l’effaçant au besoin ou pour les besoins de la cause.

Selon les règles du conditionnement des foules, la nouvelle « agit-prop », une guerre peut figurer un temps à la une de l’info ou aux chiens écrasés, puis disparaître de la circulation, qu’elle soit remplacée par une autre ou plusieurs.

Cette volatilité ne dépend pas de la gravité du conflit ou de son importance, ou de l’intensité de ses développements, mais elle permet de faire « oublier » une guerre en attirant l’attention sur une autre, présentée comme plus dangereuse, en attendant un nouveau rebondissement spectaculaire. La guerre de désinformation, à grands renforts d’infox, d’intox, de silence, de tapage, est à la guerre ce que la musique d’ambiance est à la fête foraine.

On croyait naguère le lavage de cerveau réservé aux régimes totalitaires : comme d’autres auparavant, les guerres de Syrie, je veux dire par là celles qui se déroulent en Syrie depuis la mi-mars 2011, sous diverses voilures, auront donné aux appareils de la « communauté internationale » l’occasion de montrer leur savoir-faire en la matière. Doxa et omerta, lâcheté politique, trahison des clercs, c’est un front sans faille qui veille à rendre inaudibles les contestataires de la narrative officielle, tout en les accusant de falsifier les faits.

Les experts qui oublieront demain ce qu’ils affirment aujourd’hui, les gens du verbe et la plume, qui ont occulté la mise à mort d’un peuple et de son pays, gardant le silence radio et télé sur les destructions massives, falsifiant les réalités et les responsabilités, ont volontairement ignoré la résistance syrienne, défiguré l’image d’une armée nationale présentée comme une « force pro-Bachar » ou une milice « pro-régime », le déni amplifiant d’autant la souffrance.

Nombre d’entre eux, y compris aux Etats-Unis, en Europe et en Israël, affirment que « Bachar a gagné » pour éviter ainsi de parler de la Syrie, que l’on rêve toujours de rayer de la carte et dont on voudrait bien éradiquer la « mémoire », y compris archéologique et historique. Faire de la Syrie une « nouvelle Syrie », une autre « transaction du siècle » à l’échelle du pays de Cham tout entier.

On dit, on écrit et on répète encore que « la guerre est finie ». Ce qui permet de camoufler les « guerres du deuxième round » qui se poursuivent ou celles qui sont allumées semaine après semaine. Je me contenterai d’en faire un inventaire expéditif :


1. Le maintien d’une présence militaire illégale qui permet la continuation des hostilités, même sans espoir,

2. L’appui occidental aux terroristes rescapés, déplacés par les avancées de l’armée syrienne,

3. Les obstacles qui entravent le retour des réfugiés et des cadres exilés.

4. L’usage maintenu des armes de destruction massive que sont la guerre des sanctions, le blocus économique, les tentatives d’asphyxie financière, les menaces contre la Syrie, ses alliés (Iran, Irak, Hezbollah, Russie), voire même ses voisins tentés par la complaisance…

5. La poursuite du vol et du pillage des ressources (pétrole, usines, antiquités, etc…).

Ayant ajouté à ce palmarès digne d’une mafia la dernière trouvaille qu’est l’incendie systématique des récoltes céréalières, on admettra peut-être que la politique de la terre brûlée n’est pas une expression vaine.

Le chaos semé depuis trente ans par les fanatiques bigots de l’Axe du Bien et leurs disciples a créé tant de pyromanes sadiques et allumé tant d’incendies ou de brûlots couvant sous la cendre qu’un seul pompier ne saurait suffire à les éteindre tous, comme dirait un auteur contemporain, que nous appellerons Vladimir pour préserver son anonymat.

Pour ne pas trop charger la barque, je me suis abstenu d’énumérer les provocations et les menaces en accordéon de l’homme à la mèche jaune qui occupe la Maison Blanche, contre l’Iran, la Russie, la Chine, le Venezuela, les « Arabes insoumis », mais aussi tous ces braves Européens bien trop liés au dieu usaméricain pour oser braver sa colère. Il faut bien laisser du grain à moudre pour d’autres tribunes…


*Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur. Retrouvez son nouvel ouvrage « Les guerres de Syrie » aux éditions Glyphe.

 

Par : Michel Raimbaud

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